La révolution est dans le pré
Reportage lors d’un stage sur les herbes sauvages comestibles. Apprendre à connaître les vertus des plantes peut-être vu comme une forme de résistance.
Curieux, gourmands, avides de connaissances, nous sommes venus de différents horizons, (banquier, agent Edf, prof de Yoga, assistante sociale et beaucoup d’enseignants) apprendre à connaître les plantes sauvages comestibles. Le stage se passe dans un petit village du Revermont, dans l’Ain. Notre terrain de découverte est la nature environnante, pendant un week-end printanier. « Nous devons nous réapproprier la nature, » affirme Catherine, préparatrice en pharmacie, devenue animatrice au service des plantes, utilisant leurs vertus médicinales et culinaires. «Avec la généralisation du synthétique , mon métier a perdu à mes yeux, toute sa substance vivante. Les plantes ont quasiment disparu du comptoir pharmaceutique.» Elle partage désormais ses connaissances grâce aux livres et aux stages. Elle dénonce la mainmise des multinationales pharmaceutiques sur le vivant, ainsi que la toute-puissance des brevets et des réglementations allant à l’encontre de nos libertés de citoyens. Il y a parfois des accents militants dans les paroles de notre guide. « Nous sommes poussés à utiliser les produits officiels. Toute alternative est condamnée. » Les fertilisants naturels type "purin d'ortie", seraient attaqués. Ces propos sont confirmés par Christian, professeur d'école, co-organisateur du stage. « Un chercheur qui développait un produit à base de purin d’orties a été perquisitionné par les services d’hygiène puis condamné à de lourdes amendes. »
Se réapproprier le savoir commun ancestral sur les plantes serait ainsi un "écogeste" et un acte politique. Une forme de résistance aux puissances de l’argent. C’est aussi une question de transmission du savoir.« L’apprentissage des plantes est aussi important que la visite d’un musée, » affirme Catherine.
Tout est à proximité
Équipé de chaussures de randonnée, je pensais marcher un peu, mais aux premiers pas, nous nous arrêtons. « Voici le Salsifi sauvage. On peut manger les boutons de fleurs et les jeunes feuilles en salade. » Quelques mètres plus tard, encore un arrêt : le Rumex, puis le Géranium herbe à Robert, le Lierre terrestre, la Berce, les Trèfles, etc…Nous n’irons pas bien loin aujourd’hui. Il y a tant de plantes à découvrir à proximité, juste à côté de chez soi. Parfois même des herbes que l’on croyait « mauvaises ».
« Si vous voulez manger ce soir, il faut cueillir ! » Nous rappelle Catherine. Allongés à plat ventre, Bernard et Christian cherchent des jeunes feuilles de Plantin et de Pimprenelle pour la salade du dîner. Ils s’amusent du point de vue inhabituel sur le microcosme, le nez dans les herbes. Peu à peu, la promenade se transforme en sitting détendu dans les hautes herbes.
De retour au local, nous nous répartissons les ateliers de fabrication. Au menu ce soir : tourte à la Consoude et l’Égopode, tiges de Berse àla vinaigrette, velouté d’Égopode (ma mission), tarte aux orties, salade de sauvageonnes et baba aux fraises et sorbet de sureau. Le résultat est surprenant. Les recettes sont simples et open source (diffusable à qui le souhaite). Le tout est d’être capable de reconnaître ces plantes. Pour ma part, il me faudra une petite révision.



Salsifis

Boutons de Salsifis



Les fleurs de Tréfle


Le millepertuis

Le Plantain



La Pimprenelle






Tiges de Berce


Beurre d'égopode

Baba aux fraises et sorbet de Sureau
Mots clés : Chronique rurale, Ecologie, Environnement, GastronomieCommentaires
8 commentaire(s)
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merci, et au plaisir de te suivre dans tes découvertes ,Cathy
Je suis pas sûr de tout aimer, mais je suis sûr de tout goûter.
Sinon, reportage champêtre qui me donne envie de m'allonger dans le gazon. Photos réussies. Texte pertinent.
Well done little D :D
PS. je signale que mes tortues terrestres adorent le plantain et les feuilles de pissenlit. Je n'ai encore jamais essayé.
A chaque fois qu'il est question des plantes sauvages, je reste baba devant tant de diversité à portée de main.
J'aime l'idée d'une cueillette sauvage comme d'un écogeste, un acte politique. Nous avons de plus en plus de façons de poser des actes militants, pour lutter contre les grandes multinationales. Beaucoup de monde s'engouffre dans cette vague verte, ce retour à la nature. Persévérons, nous en serons tous récompensés, ne serais-ce que par de belles rencontres.
Bravo à ta contribution Daniel !
Ici, au Japon, on entend de tels slogans "Soyez Éco, Achetez une nouvelle voiture!". Au Japon, Éco ne s'emploie qu'en parlant de l'écologie. Cela m'écoeure. Je ne vois pas comment en changeant de voiture, on fait quelquechose pour l'écologie... Où vont les voitures dont on n'a plus besoin? Sans doute entassées quelque part... Et la voiture électrique, serait-elle vraiment la solution? N'a-t-on pas déjà des problèmes l'été par exemple, quand le pays consomme trop d'électricité... Si seulement, ils pouvaient inventer une voiture qui marche aux poisons que nous fabriquons et recrache de l'air sain!
Combat pour l'écologie, moi aussi j'adore, mais je trouve qu'il faut de plus en plus faire la part entre écologie-vraie et écologie-intox.
Désolée, mon message est devenu très lourd... j'ai tendance à m'emballer quand ça me passionne. Très bel article. Très belles photos, moi aussi je vais essayer de participer à de tels stages au printemps prochain. Il y a une femme qui en fait, dans la région de Nagano, depuis près de 20 ans! SUPER!