Le blog de Daniel Gillet, photographe indépendant
30 mai

Nicolas Sarkozy est-il un prédateur pour la liberté de la presse?

Catégorie Humeur

On connaissait le rapport ambigu du candidat de l'UMP avec les grands groupes de presse, nous voilà à peine rassurés sur l'attitude du nouveau président de la république Nicolas Sarkozy à l'égard des journalistes. Elu mais pas encore en fonction, un journal renonce à publier un article sur sa femme. Cela augure-t-il de l'avenir de la liberté de la presse en France?

Plutôt que d'écrire un billet à charge contre Nicolas Sarkozy, je vous propose des éléments de réflexion "objectifs", dans la limite où la sélection d'informations peut être neutre. Des infos qui sont passées inaperçues.

A vous de juger avec ces éléments. Merci pour vos éventuels commentaires.


  • Licenciement du rédacteur en chef de Paris Match, Alain Genestar, suite à la publication d'une photo de Cécilia Sarkozy au côté du publicitaire Richard Attias :

"La rédaction de Paris Match (groupe Lagardère) a voté pour une journée de grève jeudi, la première dans l'histoire de l'hebdomadaire, "pour protester contre l'éviction" du directeur de la rédaction Alain Genestar "pour raisons politiques", a-t-elle annoncé mercredi 28 juin dans un communiqué." (source le Nouvel Obs)

  • L'impossibilité de faire un débat télévisé entre Ségolène Royal et François Bayrou
suite au 1er tour des présidentielles: Canal+ renonce à organiser le débat. Les raisons sont simples. Pour que celui-ci ait lieu, il faut rééquilibrer le temps de parole de Mr Sarkozy. Mais personne à l'UMP n'accepte de venir sur le plateau de Canal+. Voici une nouvelle forme de censure : la censure passive.
Le modéré François Bayrou affirme "Je n'en ai pas la preuve mais j'en ai la certitude" , interrogé pour savoir s'il pensait que Canal avait renoncé à organiser un tel débat "à la demande de Nicolas Sarkozy"
  • "Un article du Journal du Dimanche sur Cécilia Sarkozy aurait été censuré" titre le Monde du 13 mai 2007
La femme du nouveau Président ne se serait pas présentée à son bureau de vote, lors du second tour des présidentielles. Un journaliste du JDD propose ce sujet, plus anecdotique que politique, à son directeur de la publication , Mr Esperandieu. Des messages sont laissés à la nouvelle première dame, afin de recueillir son point de vue. Sans réponse. Finalement l'article est rejeté par Mr Esperandieu. Il rejette les accusations de censure et affirme qu'il a prit la décision seul, estimant "qu'il s'agissait de la sphère privée et que le vote est une affaire personnelle". Il avoue cependant " avoir eu un certain nombre de coups de téléphone de gens insistant sur le côté très privé et très personnel de l'information". Le groupe Lagardère est un actionnaire "de référence" du JDD.

Communiqué d'un syndicat de journaliste, suite à l'interdiction de publication de l'aticle sur Mme Sarkozy :

"Les journalistes d'Hachette-Lagardère sont une nouvelle fois témoins révoltés et victimes d'une atteinte à la liberté d'expression. Après Paris Match, qui a été supervisé par les services du candidat de l'UMP pendant toute la campagne présidentielle, (...) c'est au tour du Journal du dimanche de se voir censurer par la direction du groupe Lagardère pour plaire au nouveau président élu, à moins que ce ne soit sur son ordre", ont dénoncé, lundi 14 mai, les journalistes du SNJ-CGT et de l'USJ-CFDT du groupe Hachette-Lagardère.


  • Restrictions d'entrée des journalistes au meeting de l'UMP lors des présidentielles :

L'entrée des caméras de Journalistes indépendants a été filtrée lors des meeting du candidat Sarkozy.

Le service de communication proposait aux journalistes une sélection d'images réalisée par une société privée, ayant le monopole sur l'évènement.

Sarkozy refusait l'entrée "à moins d'être dans ses petits papiers, les seules images disponibles de ses meetings et déplacements sont celles fournies par les équipes de son parti. » (source Télérama)

  • "Nicolas Sarkozy inquiète les médias", titre Le Monde du 15 mai 2007

"La victoire de Nicolas Sarkozy pose des questions dans de nombreuses rédactions. En cause, les amitiés entretenues par le nouveau président dela république avec des hommes d'affaires présents dans les médias comme Arnaud lagardère (Elle, Paris Match, Journal du Dimanche, Europe 1) et de Serges Dassault, propriétaire du Figaro, Alain Minc , président du conseil de surveillance du Monde, Martin Bouygues, propriétaire de TF1, Vincent Bolloré (Matin plus, Direct 8) ou Bernard Arnault, propriétaire de la Tribune... (...)"

"L'ambiance est tendue également à Europe 1, plusieurs journalistes reprochant une 'trop grande proximité" du PDG Jean-Pierre Elkabbach avec le pouvoir."

L'analyse la plus effrayante dans cet article est dans ces lignes : "Actuellement, les journalistes ont tendance à se montrer moins résistants, et les journaux ne sont globalement pas en très bonne santé économique". Ce qui se traduit selon moi par l'autocensure sur les affaires délicates, par peur des problèmes avec le pouvoir et le licenciement avec des difficultés de reclassement dans d'autres journaux, étant donné la crise de la presse.

  • TF1 recrute Laurent Solly, directeur adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy : (Source: le Monde du 23 mai 2007).
Voulu par Martin Bouygues ami intime de Sarkozy (le PDG est le parrain d'un des fils de Sarkozy), cette nomination est vue comme le pacement d'un fidéle. "en temps voulu, il deviendra directeur à la direction générale"
"A TF1, certains redoutent déjà les commentaires sur ce signe de proximité entre la chaine et M. Sarkozy"
Mots clés : Sarkozy, liberté presse

Commentaires


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5 commentaire(s)

mercredi 30 mai 2007 14:44 par La Blonde | http://blog.lablonde.fr
C'est clair que notre nouveau président ressemble à Berlusconi en ce qui concerne sont rapport aux médias. Mais de toutes façons à notre niveau, on ne pourra pas changer grand chose, à part ne pas utiliser ces médias là et surtout rester vigilant sur les informations qu'on nous transmet.

mercredi 30 mai 2007 21:49 par daniel
Ne pas lire le Figaro, Paris-Match,le Journal du Dimanche et Elle, c'est pas un problème. Ne pas regarder TF1, ça va, je n'en souffrirait pas trop...
Par contre que des millions d'électeurs se fassent manipuler, là est le problème!
A l'aube d'élections legislatives, on peut déjà mesurer l'impact de cette censure invisible.Une majorité écrasante pour l'UMP se profile, dans les sondages. Si nos concitoyens étaient informés correctement, ils ne feraient peut-être pas confiance aveuglement au nouveau président.Il faut un contrepouvoir.Et les médias ne l'exercent plus, en France.

U nélément supplémentaire, lu aujourd'hui sur Rue89.

Voici un (long) extrait de l'article :
"Dans un communiqué rédigé hier, la Société des Journalistes de l'hebdomadaire, "soutenue par celles du Journal du Dimanche, ELLE, Première, Télé7Jours", s'indigne des "pressions exercées par la garde des Sceaux, Madame Rachida Dati, afin d'empêcher la publication de photos de jeunesse dont la reproduction avait pourtant été autorisée par son père lors d'un rendez-vous avec nos reporters".

Une pudeur aussi soudaine qu'inattendue de la part de la nouvelle ministre de la Justice, qui ne se privait pas jusque-là d'évoquer son enfance dans une modeste famille nombreuse d'origine marocaine. Si le portrait a bien été maintenu, "au terme de longues tractations", exit les photos choisies par la rédaction, remplacées par "celles qui ont été sélectionnées par la Chancellerie".

Chancellerie où l'on expliquait hier soir, selon l'AFP, que "la liberté de la presse doit s'exercer dans le respect des personnes et que Mme Dati n'a fait que faire respecter son droit à la vie privée".

De son côté, Olivier Royan, directeur de la rédaction de Paris-Match, a expliqué, toujours à l'AFP, que Mme Dati lui avait fait savoir que "ni elle ni ses frères et soeurs ne souhaitaient la publication de photos de famille dans ce reportage [...] Comme ces photos ont un caractère privé, et malgré leur côté un peu banal - il s'agit de scènes d'enfance - nous avons décidé de respecter la loi".

"Dans un contexte d'insécurité, où des journalistes sont incités au départ, la direction de notre rédaction ainsi que la direction générale des rédactions de Lagardère Active, ont choisi de céder", déplore enfin la SDJ, qui a demandé, en vain, à rencontrer Arnaud Lagardère pour parler indépendance des médias."

Rajoutons que Lagardère Interactive a annoncé aujourd'hui un plan de licenciements dans sa filiale de presse Hachette Filipacchi.
Voilà qui devrit permmettre d'ouvrir la porte à tous les départs "volontaires" des journalistes gênants...

lundi 4 juin 2007 20:32 par daniel
Un nouvel élément à apporter au dossier :

Bolloré trappe un article gênant pour la police dans Matin Plus (titre rue89.com, le 4 juin 2007)

Après Lagardère, au tour de Bolloré de jouer les censeurs. Le propriétaire du quotidien gratuit Matin Plus a refusé de publier un article issu de Courrier International relatant les déboires de musiciens hongrois avec la police à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Motif: "On ne peut pas parler de la sorte de la police française!" Une injonction qu'aurait intimée Vincent Bolloré en personne, à lire le blog d'Alexandre Lévy, chef du service Europe de l?Est de l?hebdomadaire:

http://alest.blogs.courrierinternational.com/index.html

jeudi 14 juin 2007 12:29 par nawen
Je ne sais pas si il y a eu manipulation des JT français mais les images montrant N. Sarkosy dans un état "officiellement essoufflé" n'ont pas été vu sur les chaines hertziennes.


http://www.youtube.com/watch?v=48LIJ_4oQtw

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