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(Français) Regard sur Daniel

Reportage chez un éleveur atypique, héritier d’une longue tradition familiale :
Suite de mon travail sur les différents visages de l’agriculture mondiale.
Cela n’a pas été difficile de convaincre Marthy Phelan d’ouvrir les portes de sa ferme à mon objectif inquisiteur. Il m’accueille dans la pure tradition irlandaise, le sourire jovial et la blague facile. Je lui présente ma démarche de reportage sur les différents visages de l’agriculture mondiale…lui parle de mon passage au Montana… « Montana ? » ses yeux s’éveillent de curiosité. « Mon frère est prêtre au Montana. J’y suis allé l’année dernière. C’est un pays magnifique. » C’est dans la poche. Ravi de pouvoir parler des grandes prairies du nord américain et de sa passion pour la pêche à la mouche, il me propose de venir le voir un matin à l’aube.
Le jour J, Marthy me présente la ferme et m’explique son travail. Il se met en scène devant l’objectif avec l’aisance d’un acteur. Ayant horreur des photos posées, je suis obligé de lui dire « faites comme si je n’étais pas là » toutes les cinq minutes. Je comprends un peu plus tard que c’est une déformation professionnelle. Il m’explique qu’il est « County Council » : élu au county de Laois comme conseiller (l’équivalent des conseillers généraux) et conseiller régional. Marthy est un politicien professionnel. Il sait se mettre en avant. Et ça se voit.
Il partage sa vie professionnelle entre la politique locale et l’élevage des moutons. Cette année, il a été contraint, comme la plupart des éleveurs, à réduire son cheptel à 150 têtes. Il en compte d’habitude 450. Les temps sont durs. Mais l’homme avisé qu’il est a plus d’un tour dans son sac. Il multiplie les activités complémentaires comme la chambre d’hôte, la réception de groupes et le camping à la ferme dans son immense demeure familiale.
De retour dans la cuisine, je fais la connaissance d’un des fils Phelan. La tignasse en pétard, il consulte un atlas mondial, en buvant un café. La rusticité de la pièce contraste avec la noblesse du personnage. Héritier d’une longue tradition, 7éme génération d’éleveur et grand propriétaire terrien, Marthy est un monument du County de Laois. Mais il se contente d’une vie simple. Pas de cuisine intégrée, ni de mobilier clinquant. Les vêtements sèchent au-dessus du poêle. Le confort est limité.
















Une batte de Hurling, sport national Irlandais, traine dans la grange

La cuisine des Phelan


Reportage dans une ferme Irlandaise, à Ballacolla :
Voici la suite de ma série de reportages sur les paysans. Dans un contexte de mondialisation de l’agriculture et de la concurrence entre les paysans de tous pays, je m’intéresse aux différents visages des travailleurs de la terre.
Cette journée de reportage commence par une étourderie. Je me pointe à 8H, heure française, ce qui fait 7 H, heure locale. La ferme est déserte. Étrange ! Une main ouvre le rideau pour m’observer. La famille Mc Evoy sort juste du lit. Il semble que je bouscule un peu les habitudes. Mais rien ne peut ébranler la légendaire convivialité irlandaise. Je suis invité à partager le petit-déjeuner. Mon erreur de décalage horaire, je ne la comprends que tard dans la journée. En fait c’est une formidable opportunité pour saisir des instants de famille. Declan est un papa poule. Il n’a d’yeux que pour ses filles, qu’il cajole sur ses genoux.
Je profite de ce moment pour faire quelques photos et m’instruire sur l’histoire des Mc Evoy. Le père de Declan a acheté cette ferme dans les années 60. Au début il était obligé de travailler en même temps comme conducteur d’engins à l’aéroport de Dublin. Peu à peu, la ferme a grossi pour lui permettre d’en vivre pleinement. Il a même connu une période faste grâce à l’élevage des porcs. Longtemps tournée vers la polyculture, l’exploitation s’est concentrée sur la production de lait. Elle compte aujourd’hui 85 vaches. Le père étant décédé il y a deux ans, c’est la sœur de Declan qui vient donner un coup de main occasionnel. En ce moment, avec le printemps c’est la période de vêlage. Il y a beaucoup à faire pour nourrir et surveiller la santé des veaux.
Declan n’a pas toujours été fermier. Il y a 11 ans, il conduisait encore des engins agricoles pour le compte d’une grosse société. Aujourd’hui, il ne revient pas sur son choix. Diriger une exploitation agricole, c’est un mode de vie sain et une liberté d’action. Ce serait plus confortable si le cours du lait augmentait. Juste pour vivre décemment.

Petit déjeuner en famille









La soeur de Declan partage son temps entre un travail dans une pépinière et la ferme familiale










Pour donner le biberon aux veaux et leur donner les traitements, Declan utilise une bouteille de “Bulder”, cidre tès populaire en Irlande.



Florian, barman à Portlaoise

Rencontre avec Florian, un expatrié Français, échoué à Portlaoise, en Irlande :
Toujours à la recherche de nouvelles rencontres, j’apprends par hasard qu’il y a un Français qui travail au O’Loughlins Hotel de Portlaoise. C’est parfait pour mon travail sur les expatriés. Voici après Pierre, un nouveau cas de Français ayant choisi de tenter l’expérience de l’étranger. Je vais pouvoir lui demander si l’herbe est plus verte au-delà des frontières de l’hexagone. Je rencontre Florian dans des circonstances particulières. Il finit son contrat dans deux jours. Le propriétaire de l’hôtel ne peut pas le garder, lui et un autre employé, à cause d’une baisse considérable du chiffre d’affaire.
Florian est un peu amer. Il ne veut pas rentrer en France, car il se sent chez lui à Portlaoise. Cela se voit. Au bar, il sert les clients avec vélocité, plaisante dans un anglais parfait, teinté d’un léger accent, tout en répondant à mes questions.
Arrivé en Irlande il y a 14 ans, il a eu, lui aussi, le coup de foudre pour la mentalité locale. « Il y a une vie sociale que l’on n’a pas en France. Les gens sortent beaucoup et font la fête.» Pas de problème d’adaptation pour ce Breton de souche. « Dans la famille, on a du sang Irlandais et Ecossais. Alors la langue est venue toute seule. » Son père a aussi travaillé au pays du trèfle dans sa jeunesse. Quand on lui demande si la France ne lui manque pas, il secoue la tête. « Pas du tout. Et puis s’il le faut, la Bretagne est à une heure d’avion. Si ! Il manque un peu de soleil. L’été dernier a été particulièrement maussade. Cela donnait envie d’aller au sud. »
Florian ne sait pas encore s’il va devoir revenir en France. L’appel du large se fait entendre. « Avec un petit voilier de 11 mètres, je pourrais faire le tour des points d’embauche et dormir dans le bateau. Il paraît que les pays qui ont du travail en ce moment sont la Nouvelle-Zélande et l’Australie. »
St Patrick à Dublin : vert de joie

Reportage lors de la Saint Patrick à Dublin.
Fête nationale en Irlande, le 17 mars est la célébration de la culture irlandaise. C’est l’occasion pour les dublinois de descendre dans la rue et faire la fête à la sortie de l’hiver. La tradition veut que l’on porte du vert. La couleur se décline ainsi sous toutes ses formes. Parure, maquillage, vêtement ou un simple chapeau. Pour moi ce défilé offre la possibilité de faire des portraits d’Irlandais, sans avoir à demander la permission.
Un monde fou s’est amassé dans les rues de Dublin. Les journaux locaux parlent de 500 000 personnes. Face à un tel raz -de-marée, il devient difficile de voir la parade traditionnelle. Chacun essaie par ses propres moyens de trouver une place avec vue. Tout est bon : un arbre, un vélo, une cabine téléphonique. Certains sont même venus avec des escabeaux, voire des échafaudages !
Pour ma part j’ai choisi de faire des portraits des passants plutôt que du spectacle. Un peu contraint de renoncer à trouver une bonne place à cause de l’intransigeance de la police, je trouve finalement plus d’intérêt à photographier les spectateurs. Ce genre de festivité colorée et déguisée m’offre une occasion unique de faire des portraits anonymes. Personne ne me demande de compte par rapport au droit à l’image. Je peux même pointer mon encombrant matériel à la barbe et au nez des gens. C’est un moyen facile pour peindre un portrait collectif et saisir des visages.
Habituellement peu enclin à la photo de rue, à cause de ma timidité et une aversion pour la photo “volée”, je m’amuse pourtant aujourd’hui.




























Une p’tite mousse?

L’aclool est interdit sur la voie publique. D’où la destruction des cannettes saisies.



Paddy, éleveur de moutons à Aghaboe

Paddy est un métayer, travaillant les terres d’une famille de propriétaires terriens, dans la région d’Aghaboe en Irlande. Son troupeau est actuellement composé de 85 moutons, trois fois moins que les années précédentes. L’activités est donc réduite. La crise touche aussi ce secteur. La baisse des cours a poussé les éleveurs Irlandais à réduire leur cheptel.
Sur Paddy, j’ai obtenu peu de confidences. Son accent Irlandais est si difficile à comprendre, que j’ai un peu calé, lors de l’interview. Les informations que j’obtiens finalement sur lui et son activité, viennent d’un de ses amis. C’est Patrick dont je publierais le portrait plus tard, qui me les a confié, autour d’un thé. Les propriétaires des terres qu’il travaille n’ont pas d’héritiers. Ils les confient ainsi à des fermiers comme Paddy et gèrent leurs affaires depuis leur maison de retraite. Aucun des membres de cette fraterie de 8 garçons et filles ne se sont mariés. Deux d’entre eux sont prêtres en Nouvelles Zélande et viennent tout les deux ans en Irlande. Etonnant destin pour une riche famille qui va voir son héritage dispersé et son histoire s’éteindre.
Soirée Irlandaise

Soirée animée dans un pub de Rathdowney, village rural d’Irlande.
Voici quelques images qui ne trahiront pas la réputation de fétards des Irlandais. Trainant les grolles avec mon copain Pierre à la recherche d’un coin sympa, nous sommes tombés sur un lieu magique : un pub où se retrouvent régulièrement des amoureux de musique, à l’alcool particulièrement gaie.
Dans le prospectus, ils ont promis une ambiance musicale. Le patron est un musicien. On devrait pas être déçu! Sans plus attendre, avec Pierre mon compagnon de voyage, nous prenons les routes irlandaises, à nos risques et périls. A Rathdowney nous avons une petite hésitation avant de rentrer dans le pub. La moyenne d’âge du public frôle la carte vermeille alors que des jeunes filles en fleurs se trémoussent devant l’entrée du pub voisin. “Au pire on boit une bière et on va voir ailleurs…” Notre choix est définitivement le bon. Au bout d’une demi-heure, la salle, pas plus de 20 m2, se remplit et s’agite. Le patron règle sa guitare. Pas bien pressé de commencer, il discute avec les copains. Passe le tour de chauffe, l’ambiance monte. La densité de la salle approche les 3 personnes au m2. La chaleur entraine un hydratation vitale à la Guiness, la Bulmers et la Smithwicks. 1, 2, 3, 4 pintes, plus personne ne fait attention à mon imposant appareil photo.
Nous sommes en fait tombé dans un repère d’habitués, passionnés de musique américaine et irlandaise. Certains font parti du même club de motards et ont partagés des virées en France. “C’est magnifique Chamonix. Et puis les français sont charmants. Nous avons la haine des anglais en commun”, m’explique un des anciens. Même si j’ai un sentiment plus mesuré les Britishs, je comprends un peu mieux leur histoire et le poids de leur envahissant voisin. On nous avait prévenu : les Irlandais sont particulièrements accueillants et bons vivants. Nous ne sommes pas déçus.















Boeuf en stock

Reportage lors de la vente aux enchères de bovins de Ballinakill, au sud de Dublin.
Une fois par semaine, les éleveurs du conté de Laois, en Irlande, se rassemblent à la foire aux bestiaux de Ballinakill, afin d’acheter ou vendre leurs vaches. Pour un photographe désireux de peindre l’agriculture mondiale, c’est le parfait endroit. Gueules de fermiers, ambiance locale, gestes techniques et accueil chaleureux, tout est là pour le parfais reportage. Suite de mon travail sur les différents visage de l’agriculture mondiale.
La vente aux enchères est une affaire d’initiés. Le commissaire-priseur annonce les prix dans un galimatias incompréhensible. Peu a peu sa voix se rythme et l’annonce des offres se transforme en un chant mélodieux. La jambe s’agite sur le tempo. L’envie de danser vous prend. La vente devient un spectacle avec son ballet de vaches qui se succèdent sur scène.
Les gestes des fermiers sont à peine visibles. Les enchères se font par un hochement de tête, un léger geste de la main ou du doigt.
Les vaches ne semblent pas apprécier la parade. Nerveuses, elles se brqauent et se mettent a charger le personnel. Le maître de l’arène se cache derrière les barreaux. Un coup de bâton sur le museau. Au suivant !
Pour mieux saisir l’ambiance vous pouvez aller voir cette séquence réalisée par mon ami Pierre.


















Justine, serveuse dans un pub Irlandais

Justine, 20 ans, travaille dans un pub de Portlaoise, en Irlande. En attendant la rentrée prochaine, où elle entrera aux Beaux Arts de Dublin, elle sert des pintes de Guiness et Smithwick’s.
Pierre, restaurateur a Kilkenny

Pierre dans son restaurant à Kilkenny. En voyage en Irlande, j’en profite pour rencontrer des français expatriés. Non pas parce que la France me manque déjà, mais pour monter un projet de portraits de français ayant choisi d’habiter à l’étranger. L’herbe est-elle plus fraiche dans le champs du voisin ? Dans le contexte de morosité qui touche notre doux pays, la question mérite d’être posée.
“Pourquoi je suis venu m’installer en Irlande? Pour apprendre l’anglais s’amuse-t-il”, avec un sourire en coin… Deux minutes plus tard il accueille deux clientes avec un accent français à couper au couteau, à décomplexer tout nouveau arrivant en pays anglophone. Cela doit être ça le charme à la française !
Arrivé en 1996 en Irlande comme chef pâtissier, Pierre a travaillé au restaurant Clarence de Dublin, propriété de Bono, chanteur de U2, puis au célèbre golf Mount Juliet près de Kilkenny. Après un parcours professionnel de rêve dans l’hexagone, où il a collaboré avec des grands de la cuisine française, au Flo à Paris et à “la palme d’or” de l’hôtel le Martinez de Cannes, il a pourtant fait le choix de l’Irlande. “Le rythme de vie est plus relaxe ici se justifie-t-il. Les Irlandais sont très accueillant et savent profiter de la vie. C’est un petit pays très attaché à son identité, qui a connu des périodes difficiles. Aujourd’hui ils ne pensent qu’à se faire plaisir, faire la fête après la journée de travail.” Pierre fini par avouer “la” grande raison de son attachement à ce vert pays : trois enfants et une femme Irlandaise.
Je le questionne un peu sur son attachement à la France. Mais non, pas moyen de lui soutirer des regrets. “Quand on s’investie dans un buisness, c’est pour le faire a fond. On ne regarde pas en arrière.” Les temps semblent assez difficile, pourtant. Il avoue que le nombre de couverts est à la baisse. Les charges sont considérables pour son restaurant. “Imaginez, je paye 26 000 euros de loyer par an. Il faut travailler beaucoup pour rembourser les frais.”
Cet originaire de Bayonne, ayant grandi en Nouvelle Calédonie fini par avouer : “La France est un pays privilégier. Il y a des gens qui ne se rendent pas compte de leur chance, d’habiter dans un pays avec une telle culture et histoire, avec une nourriture et des produits de la vie courante d’une qualité exceptionnelle.”
Quand a sa vision de la crise depuis l’Irlande : “Il faut bien y passer, on fait avec. Il a des gens bardés de diplômes qui nous expliquaient comment vivre. Aujourd’hui on se rend compte qu’ils nous ont poussé dans le fossé.”


