
Reportage dans un Ranch du Montana au sud de Livingston. Héritier d’une longue tradition de Rancher, Jerry O’Hair succède à son arrière grand-père, venu d’Irlande en 1878 afin de tenter le rêve américain. L’exploitation familiale qu’il dirige avec son frère est une des plus importantes de la vallée dite “du Paradis”, non loin du parc de Yellowstone. Suite de mon travail sur les différents visages de l’agriculture, dans un contexte de concurrence entre producteurs de denrées alimentaires, du monde entier.
Quand on lui demande la taille de son troupeau, la surprise est grande tant la réponse est floue : entre 900 et 1000. Pas facile de compter avec précision ses bêtes dans les immenses plaines du Montana,. “Cela rend folle ma femme”, s’amuse Jerry. Cette imprécision semble même faire sa fierté. “Au printemps dernier, un collègue m’a appelé pour me dire qu’il avait vingt quatre de mes vaches, dans son troupeau. A quoi je lui est répondu, c’est impossible. En fait c’était bien vrai, elles avaient bien notre marquage. Elles ont du rester là-bas au moins un an.”
Quatres générations d’éleveurs
Héritier d’une longue tradition de Rancher, Jerry O’Hair succède à son arrière grand-père, arrivé d’Irlande en 1878, dans la vallée du Paradis, au Montana (USA). L’exploitation familiale qu’il dirige avec son frère est une des plus importante de la vallée dite “du Paradis”. Pour la trouver il suffit de repérer les quatres monumentaux silos bleus, visibles depuis la route 89 entre Livingston et Gardiner. Arrivé sur place, un vent à décorner les boeufs, me pousse littéralement vers le coral. Je fais la connaissance de Jerry, les bottes dans cinq centimètres de bouse de vache, occupé à traiter les vaches contre les parasites. Aux premiers abords, un peu bourru, il se laisse progressivement aller à la confidence, pendant que nous suivons le déplacement du troupeau dans son pic-up.
L’élevage est visiblement sa passion. Il travaille même le dimanche, ne s’octroie que deux semaines de vacances dans l’année et refuse même l’idée de la retraite. Son père avant lui, conduisait encore le tracteur à plus de 80 ans.
Son ancêtre a connu les indiens qui venaient lui voler ses chevaux. Jerry est lui confronté à la concurrence de la viande d’Amérique du sud, les problèmes de changement climatiques, les taxes de l’Etat et les droits de succession. Etonnant changement de contraintes entre quatre générations!
Une vie modeste
Son statut social de grand propriétaire terrien n’est visible que dans les regards des habitants de Livingston où nous allons manger un Burger avec sa femme Virginia. Salué avec respect dans la rue, il ne peut faire deux pas sans engager une conversation. Devant leur maison, je suis étonné par la modestie de leur train de vie. Pas de mobilier luxueux, juste le nécessaire. Ils ne vivent que pour le Ranch. Le monde de la surconsommation à l’américaine est bien loin de leurs priorités.
Leur fortune n’est que virtuelle et ne deviendrait effective que s’ils renonçaient à la poursuite de la tradition familiale et vendaient leurs terres. Les clients, riches investisseurs ne manquent pas, mais ce qui n’est pas au programme.
La difficulté de la concurrence internationale
Le plus étonnant est le virage touristique que prend leur activité. Son fils emmène les hommes d’affaire de grandes métropoles à la chasse au chevreuil, afin de compléter ses revenus. Une activité de pêche à la mouche a été mise en place afin de gérer l’importante demande qui arrive sans publicité dans leur Ranch. Pour Jerry, c’est un mal nécessaire qui a tendance à l’agacer, par peur de voir son Ranch se transformer progressivement en parc d’attraction pour touristes de la ville.
Il ne comprend pas la baisse d’activité de l’agriculture américaine et des cours de la viande, qui rend son activité moins rentable. “Pourtant il faut bien les nourrir toutes ses bouches.” Mais la concurrence du Mexique est bien là, jusque dans les super-marcher de Livingston. Les milliers de kilomètres qui nous séparent des travailleurs mexicains n’y change rien. Il me pose beaucoup de questions sur l’alimentation en France. Le principe des AOC, de la culture de l’image du terroir et de la mise en valeur des produits locaux attirent particulièrement son attention.
Comme dépassé par la mondialisation, il lance une prophétique menace : “Tout ce qui reste ici aux Etats-Unis c’est l’entertainement. Bientôt on ne s’occupera que de distraire les gens et on se saura même plus comment produire de la viande et des légumes.”

Traitement des vaches contre les parasites




Déplacement d’une partie du troupeau, vers la ferme. La surveillance se fait d’habitude à dos de cheval. Aujourd’hui le vent est si fort que les chevaux sont restés dans la grange.


Communication radio entre Jerry et ses employés








Au centre, le fils de Jerry

Pendant la pause.




Repérage du troupeau

Retour du troupeau dans les champs, après le traitement contre les parasites


Stockage de la nourriture des vaches pour l’hiver. Construits en 1978, par le père de Jerry, ces monumentaux silos permettent de tenir les longs hivers du Montana. Le foin et les céréales nécessaires à l’élevage des vaches sont cultivés ici, pendant la belle saisons.

Le dégel du sol rend plus difficile les déplacements dans le corail, couvert de plus de cinq centimètre de bouse de vache.


Dans la salle technique, où sont commandés les tapis roulant distribuant la nourriture des silos.


Fin de journée. Jerry surveille la distribution des compléments alimentaires, depuis la salle de commande des silos.
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