
Pierre dans son restaurant à Kilkenny. En voyage en Irlande, j’en profite pour rencontrer des français expatriés. Non pas parce que la France me manque déjà, mais pour monter un projet de portraits de français ayant choisi d’habiter à l’étranger. L’herbe est-elle plus fraiche dans le champs du voisin ? Dans le contexte de morosité qui touche notre doux pays, la question mérite d’être posée.
« Pourquoi je suis venu m’installer en Irlande? Pour apprendre l’anglais s’amuse-t-il », avec un sourire en coin… Deux minutes plus tard il accueille deux clientes avec un accent français à couper au couteau, à décomplexer tout nouveau arrivant en pays anglophone. Cela doit être ça le charme à la française !
Arrivé en 1996 en Irlande comme chef pâtissier, Pierre a travaillé au restaurant Clarence de Dublin, propriété de Bono, chanteur de U2, puis au célèbre golf Mount Juliet près de Kilkenny. Après un parcours professionnel de rêve dans l’hexagone, où il a collaboré avec des grands de la cuisine française, au Flo à Paris et à « la palme d’or » de l’hôtel le Martinez de Cannes, il a pourtant fait le choix de l’Irlande. « Le rythme de vie est plus relaxe ici se justifie-t-il. Les Irlandais sont très accueillant et savent profiter de la vie. C’est un petit pays très attaché à son identité, qui a connu des périodes difficiles. Aujourd’hui ils ne pensent qu’à se faire plaisir, faire la fête après la journée de travail. » Pierre fini par avouer « la » grande raison de son attachement à ce vert pays : trois enfants et une femme Irlandaise.
Je le questionne un peu sur son attachement à la France. Mais non, pas moyen de lui soutirer des regrets. « Quand on s’investie dans un buisness, c’est pour le faire a fond. On ne regarde pas en arrière. » Les temps semblent assez difficile, pourtant. Il avoue que le nombre de couverts est à la baisse. Les charges sont considérables pour son restaurant. « Imaginez, je paye 26 000 euros de loyer par an. Il faut travailler beaucoup pour rembourser les frais. »
Cet originaire de Bayonne, ayant grandi en Nouvelle Calédonie fini par avouer : « La France est un pays privilégier. Il y a des gens qui ne se rendent pas compte de leur chance, d’habiter dans un pays avec une telle culture et histoire, avec une nourriture et des produits de la vie courante d’une qualité exceptionnelle. »
Quand a sa vision de la crise depuis l’Irlande : « Il faut bien y passer, on fait avec. Il a des gens bardés de diplômes qui nous expliquaient comment vivre. Aujourd’hui on se rend compte qu’ils nous ont poussé dans le fossé. »


