Les pionniers de l’habitat environnemental et social. Visite de quatre coopératives d’habitants, sous les Platanes, les Zabouches, INTI, Equilibre dans le canton de Genève.
Une coopérative d’habitants est un regroupement de personnes qui souhaitent partager un immeuble autour de valeurs communes (l’écologie et la solidarité).
Ils achètent des parts plutôt que des murs et participent activement au projet, de la conception de l’édifice jusqu’à la vie quotidienne.
Le but est de rendre accessible des logements, dans un secteur géographique sous forte spéculation foncière, et de partager certains espaces collectifs (chambres d’amis, jardins, voitures, etc.).
Reportage effectué pour le CAUE de l’Ain.
Toute visite de l’immeuble « Sous les platanes » commence par la salle des machines. Ses habitants ne sont pas peu fiers de montrer la petite taille de leur chaudière à granulés bois : 60 kW seulement pour chauffer 36 appartements, 40 adultes et autant d’enfants ! « Nous disposons d’une façade active qui absorbe la chaleur l’hiver et la réfléchit l’été. La construction de l’immeuble a été faite avec du béton recyclé sur les deux tiers. C’est une première sur Genève. Nous sommes des pionniers ! »
L’innovation, c’est la marque de fabrique des coopératives d’habitants. Aux Zabouches, dans le quartier des Charmilles, on produit de l’eau chaude avec des capteurs thermiques et on revend de l’électricité avec du photovoltaïque. À Équilibre, dernière-née des coopératives du canton de Genève, on a fait le choix des toilettes sèches et d’une micro-station d’épuration des eaux.
L’avant-gardisme est autant écologique que social. Certaines coopératives d’habitants gèrent l’immeuble, de la collecte des loyers à l’organisation de la vie sociale. Des efforts sont faits sur la mixité sociale par le mélange du type de logements et des niveaux de ressources des locataires. La conception des bâtiments est tournée autour du partage. « À INTI, nous avons conçu une grande salle, un four à bois et organisons des travaux d’entretien communs, afin de favoriser la rencontre. »
Il ne faut pas croire que tout est rose. Le montage des projets est complexe. Il y a aussi l’apprentissage de la démocratie participative : discuter, s’écouter, faire des compromis et trouver des consensus. « Le participatif est une culture qui n’est pas a priori. Nos enfants sont plus forts que nous, ayant grandi dans ce contexte. »
Témoignages :
« On nous appelle éco-quartier », Éric Rossiaud, président de la CodHa .
Coopérative d’habitants, la CodHa fédère une dizaine d’associations d’habitants, accompagne des projets dans leur construction et leur gestion courante. « Notre objectif est d’offrir des espaces auto-gérés, de proposer des loyers à prix coûtant et de promouvoir le développement durable. La CodHa s’est construit en 1994, en opposition à la spéculation foncière, très forte sur le canton de Genève. Elle compte aujourd’hui 1 300 coopérants dont 200 logés. Dix-sept ans plus tard, nous débordons de projets et sommes même sollicités pour notre expertise par la municipalité de Lausanne et le bailleur social Haute-Savoie Habitat pour construire un projet d’éco-quartier à Viry. »
« Le participatif, ce n’est pas que pour les « bobos » », Grégoire Magnien, architecte à Saint-Denis-lès-Bourg
« Certaines populations sont mûres pour ce type de projet. Nous commençons à en proposer. Cette visite permet de voir comment cela fonctionne réellement, quels sont les écueils, le bonheur que cela apporte. »
« Cela donne de l’espoir », Gilbert Bouchon, conseiller général du canton de Saint-Rambert et président du CAUE de l’Ain
« Ces exemples viennent d’initiatives individuelles. C’est complètement innovant. Il faut d’abord une prise de conscience de la population pour que les élus profitent de cet élan et s’en emparent. Cela ne se décrète pas comme ça. »
« Cela amène à réfléchir », Christiane Colas, vice-présidente habitat, urbanisme et déplacement à CAP 3B
« Pour moi, le plus remarquable, c’est l’engagement des habitants. Ils se prennent en main. C’est d’une tolérance ! C’est encore dur à imaginer chez nous. Mais on y réfléchit dans nos collectivités. »






Photos lumineuses, comme semblent l’être les habitants rencontrés. Ca donne envie de se faire inviter pour un café au balcon et d’en savoir plus…