30.10.2011

Un été de labeur

Catégorie : Impressions de reportages. Mots clés : , , , .

Reportage photo sur un camp chantier, la rénovation d'une ruines par des jeunes pendant l'été

Reportage photo sur un chantier de jeunes : un projet de rénovation d’une ruine de Serrières-de-Briord. Chaque été, des lycéens choisissent de consacrer une partie de leur vacances à la restauration d’un élément du patrimoine. Voici le récit d’une journée que j’ai passé avec une équipe très motivée.

Reportage photo sur un camp chantier, la rénovation d'une ruines par des jeunes pendant l'été

Une autre expérience des vacances

Eté 2011. Nous sommes sur les ruines de la Chapelle Saint Léger, à Serrière-de-Briord, aux bords de la rivière d’Ain. Une douzaine de jeunes est en train de délivrer l’édifice de l’emprise des ronces et des arbustes opportunistes, sous un soleil de plomb, pendant que la majorité des adolescents de France et de Navarre est en train de se dorer la pilule sur les plages. Kelly, Valentin et Léa tirent de toutes leurs forces sur une racine, alors qu’Aimé donne des coups de barre à mine. Très appliqué, Loïc s’acharne à faire briller une pierre d’angle à la brosse métalique. « Je suis un peu maniaque sur les bords, avoue-t-il. Par contre si vous voyiez l’état de ma chambre… » Où trouvent-ils les ressources pour dépenser autant d’énergies ? La musique qui sort du téléphone portable de Jérémie, habillement coincé entre deux cailloux, participe à l’ambiance. Mais leur motivation principale, ils la trouvent dans la fierté du travail bien fait et dans le plaisir de participer à une action collective de sauvetage d’un élément du patrimoine.

Reportage photo sur un camp chantier, la rénovation d'une ruines par des jeunes pendant l'été

Sortir de ses habitudes
Organisé par les familles rurales de l’Ain, ce camp-chantier jeunes rassemble chaque été des 15/17 ans désireux de vivre quelque chose de différent. « Notre but est d’aller un peu à contre courant de ce que font habituellement les jeunes, explique Emmanuel Génier, coordinateur de la fédération. Trop souvent consommateurs de loisirs, ils deviennent ici acteurs de leurs vacances, en participant à l’amélioration du bien collectif. » Nombreux sont les ados qui passent leurs vacances devant l’ordinateur, la télévision et la console de jeux en se couchant très tard, pour se lever à point d’heure. « Un des meilleurs points ici, c’est qu’on a pas les parents sur le dos. On fait notre vie, témoigne Jérémie, le mélomane de l’équipe. – À la maison on voit toujours les mêmes têtes, ajoute Kelly. Ici on fait la connaissance d’autres personnes. On début c’était dure car on dort sous la tente et on doit respecter les horaires. – Ah oui, ça les horaires on les respecte bien, ironise Thibault. Surtout ceux des repas et des collations ! »

Reportage photo sur un camp chantier, la rénovation d'une ruines par des jeunes pendant l'été

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Ensembles malgré les différences
10 h, c’est justement l’appel du ventre. Un attroupement se fait rapidement autour des brioches, saucissons, pâtés de campagne et sirop. Certains font des coudes pour accéder à la pitance. Mais il faut partager, c’est la dure loi de la vie en communauté. Les vannes sifflent. Ouvriers modèles, ils n’en restent pas moins des jeunes espiègles qui ne se font pas de cadeaux. Dans l’équipe il y a tous les profils. Des jeunes originaires de l’Ain, du Rhône et même du nord de la France. Certains sont envoyés par obligation par leurs parents ou par un foyer, mais la majorité sont volontaires, par attrait de l’aventure et encouragés par des copains. « Mon beau père croyait que cela allait me faire les pieds, confie Xavier, fils de militaire espagnol en poste en France, car j’ai de mauvaises notes. Mais c’est pas du tout une punition. Je m’amuse beaucoup tout en améliorant mon français. Tous impliqués dans la dynamique du projet, ils évoluent ensemble malgré leurs différences. « Le travail d’équipe ça motive, on est tous solidaires, il n’y a pas de clans ! »

 

Reportage photo sur un camp chantier, la rénovation d'une ruines par des jeunes pendant l'été

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Acquérir de l’autonomie
« Allez, on va tchaquer, les gars, lance Thierry, le chef de chantier. Tchaquer c’est enduire les joints de mortier afin de consolider les murs. Antoine se propose de faire le mélange et de lancer la bétonnière. Son pantalon taille basse porté à mi cuisse, ne semble pas le gêner pour manier la pelle et remplir les seaux à ras-bord. Six seaux de sable, quatre de chaux et un de ciment blanc. « Le secret d’un bon mortier c’est de le faire ni trop liquide, ni trop solide, mais pâteux, conseil Georges, un maçon de métier qui est venu bénévolement encadrer l’équipe.
« L’un des buts du camp-chantier est d’aider les jeunes à construire leur autonomie, explique Sophie Lassen de Sago, directrice et animatrice du camp. Pendant toute l’année scolaire, ils sont toujours dirigés par des professeurs et les parents. Ici nous leur offrons les moyens de faire leurs propres choix. Les après-midi, se sont eux qui gèrent le planning des activités (randonnées, canoé, baignades, etc.) et qui assument les tâches ménagères du campement. » Au début, il y a eu un flottement par manque d’habitude. Puis, ils ont trouvés leurs places et pris des initiatives. « Le chantier leur permet d’expérimenter des techniques, des matériaux et de s’épanouissent dans des activités concrètes, ajoute Matthieu, co-animateur. Ils se sentent considérés comme des adultes car on leur confit du matériel et des responsabilités. Ils sont dans un âge où ils doutent beaucoup d’eux. Ici, ils sont fiers d’accomplir quelque chose et de se sentir utiles à la société. »

 

Reportage photo sur un camp chantier, la rénovation d'une ruines par des jeunes pendant l'été

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Une autre image des jeunes
Aujourd’hui, des membres de la caisse locale du Crédit Agricole qui finance de l’action ainsi que des gens de la mairie et de la Communauté de communes sont venus participer au chantier. C’est l’occasion d’une rencontre intergénérationnelle. « Chapeau les jeunes, s’esclame Michèle, présidente de la caisse locale. Cela nous fait plaisir de voir des adolescents impliqués dans notre patrimoine local. Enfants, on venait traîner par ici, puis cela a été laissé à l’abandon. » Françoise est très émue. « En lançant l’idée de ce chantier, on imaginait pas qu’il aurait autant de participants. Quel courage ! Je ne suis pas sûr que mes filles en feraient autant. Cela donne une bonne image des jeunes, à l’inverse de cette minorité visible qui détruit les poubelles pendant l’été par oisiveté, une cannette de bière à la main. »

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