Daniel Gillet, photographe indépendant

Mots clés

Billets contenant le mots-clés "altermondialiste"
21 juin

La violence policière en procès, à Gênes



Retour sur les violences policières à Gênes en 2001. Un scandale qui ressort des placards grâce à l'actuel procès de 28 policiers, auteurs d'une bastonnade à l'école Diaz, lors des manifs anti G8. Tout un symbole pour un acharnement généralisé dans les rues de Gênes. Moi-même témoin en tant que photographe, je n'ai jamais vu depuis une telle folie policière.



"L'esprit d'équipe c'est l'équipe qui se partage le même cerveau", disait Coluche. Le policier italien n'a rien trouvé de mieux que cette stupide justification pour son silence sur la bastonnade de l'école Diaz, depuis 6 ans. En effet cette nuit de juillet 2001, des policiers ont fait irruption dans des locaux qui servaient de dortoir à des altermondialistes.

Pourquoi des aveux aussi tardifs? "Je n'en ai pas parlé par esprit de corps et amour de ma patrie", répond-il au juge. (le Monde du 15 juin 2007)

Et pourtant il y a de quoi ébranler une institution : "C'est vrai, j'ai vu des policiers s'acharner sur des personnes sans défense, cela ressemblait à une vraie boucherie" avoue Michelangelo Fournier, ancien adjoint au préfet de police de Rome.

La situation a rapidement dérapé : "Dans l'obscurité, j'ai vu quatre agents, deux en uniformes et deux en civil, matraquer une jeune fille, je leur ai crié d'arrêter, ils ont continué, j'ai dû les bousculer, ils m'ont insulté", a-t-il dit au juge au cours d'une déposition fleuve de plusieurs heures. "Je suis resté tétanisé quand j'ai vu la fille avec le crâne fendu, dans une mare de sang, il y avait des grumeaux comme des morceaux de matière grise, j'ai cru qu'elle était en train de mourir", a-t-il ajouté.

Enfin ce procès tardif avec celui de 48 autres carabiniers sur une autre affaire dans le même cadre des manifs anti-mondialisation, fait la lumière sur ce scandale généralisé. A l'époque je démarrais dans le métier. J'ai eu la trouille de ma vie en voyant une cinquantaine de CRS italiens charger dans ma direction avant de me contourner pour bastonner une vingtaine de "totti bianchi" (voir photos des activistes en tenue de protection.) "On se croirait à Beyrouth", m'avait lancé un journaliste baroudeur, d'une cinquantaine d'années.

Pour moi c'était la vision de la dictature, comme elle a existé en Amérique du Sud. Des policiers s'acharnant sur des jeunes désarmés. Du sang à flot, des cris implorant la pitié. Des CRS semblant se défouler, voire prendre du plaisir à casser de l'alter-mondialiste, le regard grisé par l'action. Des chats jouant avec des souris, à leur merci. Je n'ai jamais rien vu de tel depuis.

Cette expérience a été en partie à l'origine de mon éveil politique et ma méfiance du pouvoir. J'ai compris ce jour-là que le retour aux années sombres des 60's-70's était possible, même aujourd'hui. On se persuade toujours que la démocratie est installée pour toujours et que les gouvernants sont suffisamment éclairés et sensibles à l'opinion publique pour ne pas faire un retour aux vieilles méthodes de répression.

Rien n'est moins sûr, surtout quand la population Française est vieillissante et conservatrice et qu'elle demande de la sécurité avant toute liberté....







Contrairement aux apparences se sont des pacifistes italiens, les "Totti bianchi", qui connaissent les méthodes des policiers italiens