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Nicolas Sarkozy est-il un prédateur pour la liberté de la presse?
On connaissait le rapport ambigu du candidat de l'UMP avec les grands groupes de presse, nous voilà à peine rassurés sur l'attitude du nouveau président de la république Nicolas Sarkozy à l'égard des journalistes. Elu mais pas encore en fonction, un journal renonce à publier un article sur sa femme. Cela augure-t-il de l'avenir de la liberté de la presse en France?
Plutôt que d'écrire un billet à charge contre Nicolas Sarkozy, je vous propose des éléments de réflexion "objectifs", dans la limite où la sélection d'informations peut être neutre. Des infos qui sont passées inaperçues.
A vous de juger avec ces éléments. Merci pour vos éventuels commentaires.
- Licenciement du rédacteur en chef de Paris Match, Alain Genestar, suite à la publication d'une photo de Cécilia Sarkozy au côté du publicitaire Richard Attias :
"La rédaction de Paris Match (groupe Lagardère) a voté pour une journée de grève jeudi, la première dans l'histoire de l'hebdomadaire, "pour protester contre l'éviction" du directeur de la rédaction Alain Genestar "pour raisons politiques", a-t-elle annoncé mercredi 28 juin dans un communiqué." (source le Nouvel Obs)
- L'impossibilité de faire un débat télévisé entre Ségolène Royal et François Bayrou
Le modéré François Bayrou affirme "Je n'en ai pas la preuve mais j'en ai la certitude" , interrogé pour savoir s'il pensait que Canal avait renoncé à organiser un tel débat "à la demande de Nicolas Sarkozy"
- "Un article du Journal du Dimanche sur Cécilia Sarkozy aurait été censuré" titre le Monde du 13 mai 2007
Communiqué d'un syndicat de journaliste, suite à l'interdiction de publication de l'aticle sur Mme Sarkozy :
"Les journalistes d'Hachette-Lagardère sont une nouvelle fois témoins révoltés et victimes d'une atteinte à la liberté d'expression. Après Paris Match, qui a été supervisé par les services du candidat de l'UMP pendant toute la campagne présidentielle, (...) c'est au tour du Journal du dimanche de se voir censurer par la direction du groupe Lagardère pour plaire au nouveau président élu, à moins que ce ne soit sur son ordre", ont dénoncé, lundi 14 mai, les journalistes du SNJ-CGT et de l'USJ-CFDT du groupe Hachette-Lagardère.
- Restrictions d'entrée des journalistes au meeting de l'UMP lors des présidentielles :
L'entrée des caméras de Journalistes indépendants a été filtrée lors des meeting du candidat Sarkozy.
Le service de communication proposait aux journalistes une sélection d'images réalisée par une société privée, ayant le monopole sur l'évènement.
Sarkozy refusait l'entrée "à moins d'être dans ses petits papiers, les seules images disponibles de ses meetings et déplacements sont celles fournies par les équipes de son parti. » (source Télérama)
- "Nicolas Sarkozy inquiète les médias", titre Le Monde du 15 mai 2007
"La victoire de Nicolas Sarkozy pose des questions dans de nombreuses rédactions. En cause, les amitiés entretenues par le nouveau président dela république avec des hommes d'affaires présents dans les médias comme Arnaud lagardère (Elle, Paris Match, Journal du Dimanche, Europe 1) et de Serges Dassault, propriétaire du Figaro, Alain Minc , président du conseil de surveillance du Monde, Martin Bouygues, propriétaire de TF1, Vincent Bolloré (Matin plus, Direct 8) ou Bernard Arnault, propriétaire de la Tribune... (...)"
"L'ambiance est tendue également à Europe 1, plusieurs journalistes reprochant une 'trop grande proximité" du PDG Jean-Pierre Elkabbach avec le pouvoir."
L'analyse la plus effrayante dans cet article est dans ces lignes : "Actuellement, les journalistes ont tendance à se montrer moins résistants, et les journaux ne sont globalement pas en très bonne santé économique". Ce qui se traduit selon moi par l'autocensure sur les affaires délicates, par peur des problèmes avec le pouvoir et le licenciement avec des difficultés de reclassement dans d'autres journaux, étant donné la crise de la presse.
- TF1 recrute Laurent Solly, directeur adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy : (Source: le Monde du 23 mai 2007).
"A TF1, certains redoutent déjà les commentaires sur ce signe de proximité entre la chaine et M. Sarkozy"
Sarkozy : analyse d'un portrait officiel
La première fois que j'ai vu l'image, c'était sur http://sarkostique.over-blog.com
Connaissant la nature satirique du site, je pensais que c'était un photomontage kitsch. Et bien non, c'est bien la photo officielle!
Etant moi même du métier, je me permets de vous donner mon point de vue de technicien.
Cette image est faite avec un éclairage unique à dominance jaune (technique pour donner une ambiance chaude) , un vignettage aux quatre coins (style du 19 ème s., du à l'époque à la faiblesse des optiques et des émulsions), une sous-exposition globale. Cet ensemble de détails donnent un aspect ancien à l'image.
La place des drapeaux, au même plan que Sarkozy est écrasante, renforçant la petite taille du personnage. Le choix d'un cadrage large (jusqu'au genoux), donne une impression lointaine, par rapport au sujet. Cela donne de la distance avec le personnage. La pause forcée et les mains pendantes renforce la mise en scène artificielle et statique. Le fond de bibliothèque est un peu dans le flou, signe du choix d'une faible profondeur de champ. Ce qui donne l'effet d'un décor de cinéma en trompe-l'oeil.
Cet ensemble de critères esthétiques crée l'image d'une peinture ancienne du 19 ème siècle, dans la tradition Américaine. Vous savez, le portrait de l'ancêtre, au mur du manoir familial! Image vieillote et lourde pour un président qui se veut moderne et dynamique! On est dans la représentation de l'ancien régime. Valéry Giscard d'Estaing était en 1974 bien plus moderne, avec son portrait serré sur fond tricolore, au sourire libéré (même s'il est un peu coincé). Plus proche et convivial avec le destinataire du portrait.

Il y a dans le portrait de Sarkozy, un parti pris esthétique, tourné vers une style ancien, pompeux et surfait qui pourrait se justifier pour n'importe quel autre personnalité. Choix surprenant pour une photo officielle présidentielle, quand on connaît l'importance du symbole dans ce type d'image. A moins que le retour vers le passé soit finalement le message.
Le mystère pour moi réside dans l'origine du choix artistique. Qui est responsable de celui-ci? Est-ce le président qui a demandé ce type d'image? Les conseillers en communication ont-il orienté les choix de Sarkozy? Est-ce le photographe qui a tenté le coup? Le président Sarkozy était-il conscient de la force du symbole de ce portrait, quand il a validé sa diffusion dans les mairies de la France entière?
Comme toujours en photographie et dans l'art en général, il n'y a pas de bonne ou mauvaise oeuvre. C'est l'intention qui compte. Et là, c'est plus l'intention que le résultat ésthétique qui m'étonne.
Une séduisante rencontre
Pour une fois je vous invite à fermer les yeux.
Imaginez. C'est la photo d'un homme assis au centre d'un groupe d'une quinzaine de personnes, les mains jointes, les yeux tournés vers le ciel, comme un religieux en prière. Tous les regards sont tournés vers lui. À en juger par leurs sourires amusés, « IL » est un joyeux luron. « Il » exerce auprès d'eux un irrésistible attrait. Certains regards trahissent même une véritable admiration.
Quelques uns dans le public ont même cette position du penseur de Rodin, celle de l'être pensant, un large sourire aux lèvres. Comme si leur intellect était convaincu.
Hier, la plupart de ces gens ne connaissaient cet homme que par les journaux et autres médias interposés. Il y avait une certaine distance.
Aujourd'hui ils viennent de passer quelques minutes inoubliables de complicité, autour d'une plaisanterie. Jamais leur jugement sur cette personne ne sera comme avant, mais forcément influencé par cette séduisante rencontre.
Voilà le décor est planté. Pas de quoi fouetter un chat pour une scène ordinaire, avec des gens ordinaires.
Seulement ce n'est pas un public ordinaire mais des journalistes, des témoins, censés décrire et analyser la vie politique à nous, citoyens.
Seulement ce n'est pas un prêcheur ordinaire, mais un homme politique de premier plan, candidat à la magistrature suprême.
Maintenant, ouvrez les yeux !

Image ayant obtenue le prix Georges Bendrihem, de la meilleure photo d'homme politique européen 2007,
Photo de Olivier Laban-Mattei (AFP)
"Nicolas Sarkozy en prière au milieu de journalistes au meeting UMP de Marseille de septembre 2006"
